Notions psychanalytiques

Thérapies conjugales, psychologie clinicienne – Paris 15ème

Le SURMOI, (D: Uber-Ich). Une des instances de la personnalité peut aussi bien être assimilée à celle d’un juge, ou d’un censeur, par rapport au moi. Les fonctions du surmoi équivalent à l’emballement de la conscience morale devenue persécutrice. Elle se caractérise par l’auto-observation et la formation d’idéaux. Le surmoi est, pour Freud, l’héritier du complexe d’Oedipe se constituant par l’intériorisation des exigences et des interdits parentaux. Le surmoi poursuit à l’intérieur du sujet, mais d’une manière souvent outrancière, la fonction éducative, de moralisation, d’évaluation et de jugement, que les parents ont joué envers leur enfant.

Mélanie Klein, elle, considérera qu’il existe aussi un surmoi précoce, préœdipien, dès l’âge d’un an environ, dont l’action psychique est bien plus virulente, plus sévère, et même cruelle, que celle du surmoi œdipien.

Dans Le moi et la ça (1923), où le terme apparaît pour la première fois, Freud fait du surmoi une instance critique, séparée du moi et le dominant : « une partie du moi s’oppose à l’autre, la juge de façon critique et pour ainsi dire la prend pour objet. »

Dès avant même la 2e topique (moi, surmoi, ça),  Sigmund Freud avait découvert la fonction de la censure, pouvant opérer inconsciemment (notamment dans le rêve), et visant à interdire l’accomplissement et la prise de conscience des désirs par le sujet. Dans la névrose obsessionnelle ( Zwangsneurose) les auto-reproches sont aussi souvent inconscients : le sujet se conduit comme s’il souffrait d’un sentiment de culpabilité qui ne parvient portant pas le plus souvent à la conscience.

L’analyse des délires d’observation, de la mélancolie et du deuil pathologique permettra à Sigmund Freud de différencier une partie du moi dressée contre une autre partie : un « sur-moi » ayant pour le sujet une valeur de modèle et une fonction de juge. En 1914-15 Freud distinguera de l’instance critique du Surmoi, un Idéal du moi. Dans un sens encore peu différencié, le surmoi englobe les fonctions d’interdiction et d’idéal, cette dernière fonction reviendra ensuite à l‘idéal du moi (Ich Ideal), tandis que le surmoi au sens strict incarnera la dimension de la loi et l’interdit concernant sa transgression.

La formation du surmoi correspond au déclin du complexe d’Oedipe : l’enfant renonce à vouloir satisfaire ses désirs œdipiens interdits et transforme son investissement libidinal sur les parents en identification aux parents : il intériorise ainsi l’interdit.

Chez le garçon, la menace de castration fait barrage à l’œdipe et un surmoi rigoureux s’y substitue.

Chez la fille l’angoisse de castration, loin de détruire l’œdipe, en marque l’ouverture. Le surmoi chez la fille serait du coup moins sévère que chez le garçon.

Si le renoncement aux désirs œdipiens amoureux et hostiles inaugure le surmoi, celui-ci s’enrichit ensuite des apports sociaux et culturels ( éducation, religion, morale).

Des psychanalystes ont soutenu l’existence d’un surmoi précoce, ou bien de stades précurseurs du surmoi.

Sandor Ferenczi note la précocité de l’éducation sphinctérienne. M. Klein considère que dès la phase orale un surmoi se forme par introjection des bons et mauvais objets que le sadisme infantile ( alors à son apogée) rendrait très cruel. R. Spitz décèle trois primordia du surmoi : actions imposées, tentatives de maîtrise par identification aux gestes des parents et des adultes en général, et surtout l’identification à l’agresseur.

Pour Freud l’établissement au surmoi constitue une identification réussie à l’instance parentale et non pas aux parents :  » Le surmoi de l’enfant ne se forme pas à l’image des parents, mais bien à l’image du surmoi de ceux-ci; il s’emplit du même contenu, devient le représentant de la tradition, de tous les jugements de valeur qui subsistent ainsi à travers les générations » (Suite aux leçons d’introduction à la psychanalyse, 1932).

Le surmoi se caractérise par un fonctionnement « réaliste » comme une instance autonome : mauvais objet interne, grosse voix… Il comporte essentiellement des représentations de mots dont le contenu provient des perceptions auditives, de préceptes, de la lecture… Le surmoi du sujet peut être bien éloigné des interdictions et des préceptes réellement proférés par les parents ou par les éducateurs (sa sévérité peut même être inverse de la leur).

Pour Lacan le Surmoi est un « pousse à jouir » délétère. En effet, il imposerait au sujet une injonction inconsciente et néanmoins perceptible par le sujet que Lacan formule par l’impératif : « Jouis ! »,  que l’ouïe interne du sujet interpréterait comme une véritable contrainte à des actes plus ou moins auto- ou hétéro-destructeurs ( par exemple dans les addictions).

 

Le MOI, Ich (D), Du point de vue topique, le moi se situe dans une relation de dépendance à l’égard des revendications du ça, des impératifs du surmoi et des exigences de la réalité. Médiateur, chargé des intérêts de la totalité de la personne, son autonomie est cependant relative. Du point de vue dynamique, le moi joue un rôle défensif pour parer aux affects déplaisants par un signal d’angoisse. Du point de vue économique enfin, le moi est en charge de la liaison des processus psychiques qui ont tendance à être en envahis par les processus primaires et prennent alors une dimension compulsive, répétitive, déréelle… Freud voit dans le moi à la fois un appareil adaptatif et le produit d’identifications successives débouchant sur la formation d’un objet d’amour investi par le ça. Ses opérations défensives sont en grande partie inconscientes. L’analyse du moi et de ses mécanismes inconscients va l’emporter après 1920 sur l’exploration des contenus inconscients. La notion de narcissisme et d‘identification va enrichir notablement le concept du moi dans la théorie freudienne. L’articulation du moi en tant que personne et en tant qu’instance est en fait au centre de la problématique du moi.

Certains auteurs ont cherché à différencier le « moi » en tant qu’instance ou  sub – structure de la personnalité (toujours investie par la libido pour Freud), et le « moi » en tant qu’objet d’amour pour l’individu lui-même (objet de l’amour-propre des auteurs classiques). En fait chez Freud on trouve des emplois variés de « Ich » ( moi ) qui correspondent à des entités aussi différentes que : organisme ( vs : entourage), sujet ( vs : objet), ou intérieur ( vs: extérieur)…

Freud transforme la conception classique du « moi » à travers son expérience clinique : il démantèle la notion d’un moi uni (ou unifié) et permanent. Le moi lui apparaît comme véritablement fendu, clivé par l’effet d’un conflit psychique : certaines représentations inconciliables ( unverträglich ) avec les valeurs du moi se voient rejetées par des mécanismes de défense et en premier lieu par le refoulement. Le moi, dit Freud, lieu de la résistance, « prend plaisir à la défense » (in « Les Etudes sur l’hystérie », 1895). La conscience du moi est un défilé qui n’accepte qu’un seul souvenir pathogène à la fois qui reste bloqué tant que la perlaboration ( Durcharbeitung) ne vient à bout des résistances. Cependant le moi est menacé par le noyau pathogène inconscient qui l’infiltre sans cesse. Selon les structures psychopathologiques les mécanismes de défense varient. Dans l’hystérie par exemple, le moi placé en situation conflictuelle ( conflit d’intérêts, de désirs ou de désirs par rapport aux interdits), n’en veut rien savoir. Il veut se préserver de tout conflit par les mécanismes défensifs. Surtout, le moi en tant qu’ensemble de représentations rejette toute représentation inconciliable avec ses représentations dominantes par le mécanisme du refoulement. La cure permet l’élucidation des éléments du désir inconscient, inconciliable avec l’image de soi. Partie prenante du conflit, le moi, affecté par un sentiment de déplaisir qui a une fonction de signal, déclenche dès lors le mécanisme de défense à l’encontre de la représentation inconciliable.

Le souvenir d’un trauma sexuel agit sur le moi comme une attaque interne. Le moi réagit dès lors par un processus primaire et se défend en se séparant de l’agent qui le menace pour abandonner paradoxalement la représentation inconciliable aux processus primaires qu’il ne maîtrise pas.